Pompier de profession depuis 6 ans, Je reviens d'un voyage au Chili où j'ai exercé comme "Bombero de Santiago," durant une année.

Voici mes RETEX ou retours d'expériences...

mercredi 27 janvier 2010

Une semaine à Santiago = Quatre renforts…


Navré de ne pas avoir donné de nouvelles durant une semaine, cependant l’activité opérationnelle à été quelque peu élevée : quatres renforts, dont un de très grande importance (tout un quartier dans le « brouillard ») dans des températures accablantes (entre 28 et 35°C) ou bien à des « horaires difficiles » (entre 1 et 5h du matin). Mon travail et mes activités personnelles ne m’ont laissés que peu de temps pour rédiger.

Dans ces quatres interventions de grandes ampleurs je n’ai mené qu’une seul attaque (par l’extérieur) et notre travail est resté centré autours d’innombrables alimentations ! Je suis cre…vé.

D’une manière générale les incendie se sont traités de la même manière que les autres : La première équipe arrive sur les lieux demande tout de suite des gros moyens, le second commandant, avant même d’avoir pu apprécier l’action du premier renfort, demande encore plus et ainsi de suite… Ce qui fait que l’on se retrouve une fois de plus avec l’armée d’Alexandre le Grand réunie sur la même intervention. Même si les interventions étaient très importantes elles ne nécessitaient probablement pas autant de moyens.

 Pour ma part j’ai pu apprécier des manœuvres que je n’avais jamais réalisées : alimentation de longue distance au moyen de la réserve d’écheveau de l’engin (400 mètres) appelé « la cama », établissement se réalisant de l’engin jusqu’à l’hydrant. J’ai pu donc retenir qu’il ne fallait pas dépasser les 5 km/h et que l’utilisation de gants de « manœuvres » était indispensable afin de ne pas abîmer les gants « d’attaque » avec les frottements des tuyaux. Vu que j’étais situé au dessus de l’engin afin d’accompagner le déroulement des écheveaux j’ai pu juger l’importance de ce poste ; il faut accompagner plus particulièrement les raccords afin qu’ils ne tombent pas ! Cela parait bête, mais sur le coup on pense surtout à faire vite afin que l’engin attendant l’alimentation ait de l’eau dans sa pompe et c’est là que l’on fracasse les raccords au sol…

J’ai aussi pu me pencher sur le problème incroyable des hydrants ! En France si nous n’avons pas d’eau « à la bouche » on se dit : « flûte ! il faut que j’en trouve une autre (et plus tard je signal le défaut au service des eaux de la ville) », ici c’est légèrement différent : il n’y a que des poteaux d’incendie et ils servent un peu à tout le monde… Si le poteau n’a pas d’eau, je repère la matrice au sol (une sorte de plaque d’égout) que j’ouvre au moyen du « chuso » (grande pince prévue à cet emploi), j’agis directement sur la base du poteau. Si le carré de manœuvre est défectueux je dévisse la « tête » du poteau (grifo), si elle ne se dévisse pas, je casse, afin d’agir directement sur la colonne de manœuvre ! Le service des eaux de la ville ici ; c’est NOUS :)

Durant l’ensemble des interventions j’ai été de nombreuses fois attiré par le sinistre, genre « je veux ma lance !» Cependant je me suis fait rapidement calmer par mes jeunes chefs qui maitrisent, eux, plus ou moins, « l’anarchie locale… » Mon comportement est du à l’état de manque que l’on peu avoir des interventions « feu de… » ! Cependant après le 3ème renfort je me suis senti beaucoup moins agité et j’ai pu apprécier mon (notre) travail à mon (notre) niveau.

En effet sur feux on a l’impression que ceux qui bossent ont une lance à la main ! Combien de fois j’ai ressentit cette émotion et combien de fois j’ai vu des comportements similaires autour de moi chez mes collègues de travail… Alors que généralement le travail qui se passe « derrière » au niveau des établissements c’est celui qui connais le plus de « merdes » ; le poteau ne fonctionne pas, un engin obstrue le passage, l’accès est compliqué, les tuyaux manquent, etc. Pour ce genre de travail il n’y a pas (ou peu) de formation, car l’instruction initiale des différents corps de pompiers est rapidement dépassée sur un sinistre de grande ampleur ; c’est là que l’on doit apprendre à gérer le stress de la manœuvre, les imprévus, les gens qui te crient dessus parce que « y a pas d’eau à ma lance » et qui ne comprennent pas que ce n’est pas si simple, les gens qui veulent aider, les ouvertures / fermetures et unions des différents organes de coupure d’eau (genre j’ouvre ma division mais mon raccord 300 mètres plus loin n’est pas connecté ou encore je dois demander les équipes d’investigation de la CIA afin de retrouver mon tuyaux au milieu des quinze autres qui sont en tas de fiente sur la VP).

En clair le travail d’alimentation c’est « oublie les films de pompiers américains que tu as pu voir et alimente moi cette pompe… Et vite ! » :D

En résumé, les points importants à retenir sont (pour ma part) les suivant:

-          Rouler doucement (- de 5km/h) lors des établissements longues distances.
-          Ne pas hésiter à accepter l’aide des badauds plein d’allégresse pour les actions simples et sans danger (coller le tuyau de 400 mètres au trottoir) loin du sinitre. Mais si celui-ci ce blesse et porte plainte : cachez-vous :)
-          Essayer de se concentrer sur « la mission du moment » nécessaire à l’intervention en écoutant attentivement le responsable d’intervention. Car de toute manière établir une lance qui ne sert à rien gênera et ralentira l’action, donc le travail sera mal fait ! Au besoin pratiquer le yoga pré-intervention.
-          Savoir apprécier un travail à bon rendement quel qu’il soit : alimentation, résolution du petit problème qui change toute l’intervention, disposition des zones de ravitaillement, etc.
-          Attendre les premiers effets des premières demandes de moyens avant d’appeler l’armée romaine !

Voici quelques vidéos et photos des interventions de cette semaine :




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Pourvu que ça dure !

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